L'utilité du cinéma, ou l'importance de l'art

Publié le 16 février 2026 à 20:00

Simple passe-temps ou pilier de notre culture ? Le cinéma est souvent réduit à sa fonction de divertissement, alors qu'il est le fruit de toutes les formes d'art réunies. À travers ses combats politiques, ses récits personnels et son universalité, voici un voyage pour comprendre pourquoi le 7ème art nous est essentiel. Prêts à changer de regard sur le cinéma ?

Le Parrain (1972) de Francis Ford Coppola

« Le cinéma, ça sert à rien ? », « L’art, c’est une perte de temps », « Ce n’est que du divertissement »…

Vous avez sûrement déjà entendu ce genre de phrases, peut-être même que vous l’avez déjà pensé ou que vous le pensez encore. Dans tous les cas, vous êtes au bon endroit. Nous allons dialoguer sur le cinéma, pour comprendre en quoi celui-ci (et donc aussi l’art) est essentiel pour l’homme, tant en tant qu’être vivant qu'en tant qu’élément d’une société - le tout avec plusieurs recommandations.

Le cinéma, c’est universel :

Tout d’abord, revenons un peu sur ce qu’est le cinéma, sur son essence même. Le cinéma, c’est l’art de créer l’illusion du mouvement par une succession d’images. Avec ce point de départ, cela a permis de filmer des personnes, et donc de raconter des histoires. Ces histoires ont nécessité des décors et des costumes. Puis, nous avons ajouté de la musique, et, lorsque ce fut possible, le cinéma parlant a vu le jour. Bien sûr, de nouveaux effets spéciaux et l’arrivée du numérique ont servi à raconter ces histoires d’une tout autre manière.

Babylon (2022) de Damien Chazelle, sur le passage du cinéma muet au parlant

Ainsi, l’évolution du cinéma nous montre que même s'il est classifié comme le 7ème art, il est surtout le fruit de toutes les autres formes artistiques. On associe donc le jeu des acteurs aux arts de la scène comme le théâtre, le scénario à la littérature et les arts de l’écriture, ou la composition de bandes originales à la musique. Les arts visuels, comme le dessin et la peinture, sont utilisés pour les films d’animation. Et pour ce qui est de l’architecture, de la mode ou du maquillage, ils constituent des éléments essentiels à l’immersion dans le monde que le réalisateur veut nous montrer. Toutes ces formes d’arts, de même que le travail du son et de la lumière, sont également associées à la technique. C’est pourquoi les Oscars sont dirigés par L’Academy of Motion Picture Arts and Sciences (se traduisant par « l’académie des arts et sciences du cinéma »), récompensant tout autant les arts que les techniques à l’œuvre pour la création des films.

Le Voyage dans la Lune (1902) de Méliès, le père des effets spéciaux

Cependant, si vous êtes sceptique vis-à-vis de l’importance de l’art, vous vous demandez sûrement en quoi ce que vous venez de lire change quoi que ce soit. Eh bien, plus ou moins tout ! En effet, cette fusion des arts, ainsi que son lien avec la technique, rendent le cinéma universel - que ce soit dans sa création que dans sa projection. C'est cette universalité qui fait du cinéma un vecteur puissant des bienfaits des arts. Mais alors, quels sont-ils ?

Le cinéma, c’est social :

Le Dictateur (1940) de Charlie Chaplin

Le cinéma est bien plus qu’un divertissement, c’est un véritable reflet de la société, qui permet de se questionner sur les problématiques relatives à l’époque du film. C'est le cas depuis les premières grandes années du cinéma. En effet, durant les périodes de tensions du début du XXe siècle, les films de propagande étaient en vogue, car ils permettaient à des partis politiques et gouvernements dictatoriaux d’utiliser le cinéma, qui est un art donnant une illusion de vérité et de représentation du monde réel, comme un moyen de persuasion. On peut alors parler du Troisième Reich, pour lequel les films étaient mis en place par Joseph Goebbels, ministre de la Propagande. Ce procédé a également continué durant la guerre froide, par exemple du côté américain avec une diabolisation du communisme, mais surtout avec le cliché très réputé du méchant russe, comme on peut le voir dans de nombreux James Bond, ou dans Rocky 4 - même si ce dernier est assez complexe à analyser et à interpréter, oscillant entre film de propagande et film engagé (dont nous verrons les différences ci-après). Evidemment, le cinéma de propagande ne fait pas partie des « bienfaits » du cinéma, mais c’est un exemple parlant du cinéma qui joue le rôle de miroir de notre monde, tout comme le conformisme des rôles (notamment féminins), qui tournait souvent au cliché, et la sous-représentation des minorités, qui ont peu à peu disparu au fil du temps - preuve d’une société en progrès. Sachant également que certains cinéastes de ces époques tentaient de faire face à cette propagande, comme Chaplin avec son désormais classique Le Dictateur, sorti en 1940.

La Cité de Dieu (2002) de Fernando Meirelles et Kátia Lund

Cependant, le cinéma propagandiste, outre d’être passé de mode, n’est pas à confondre avec le cinéma engagé. Là où les films de propagande vont jouer sur les émotions fortes, avec une simplification abusive et une pensée à sens unique, les films qui portent sur des valeurs sociales nous invitent au questionnement, et tentent d’éveiller la conscience des spectateurs. Le système y est souvent critiqué (avec argumentation, ce qui le différencie grandement de la propagande), et la plupart du temps, il est représenté par l’élément perturbateur du récit. Ici, les exemples sont multiples, tout comme les combats menés. La lutte des classes a souvent été mise en avant, comme avec Les Temps Modernes de Charlie Chaplin qui prend le parti pris d’utiliser l’humour pour critiquer le travail à la chaine, ou encore Parasite de Bong Joon Ho - dont l’analyse détaillée est déjà disponible sur Le Paradoxe. Certains traitent des quartiers populaires et témoignent de la difficulté pour les jeunes de ne pas tomber dans les travers de cet environnement, comme La Haine réalisé par Mathieu Kassovitz, ou bien l’excellent La Cité de Dieu de Fernando Meirelles et Kátia Lund. D’autres évoquent les différents enjeux écologiques comme dans Princesse Mononoke de Hayao Miyazaki ou encore Soleil Vert de Richard Fleischer. Beaucoup parlent de minorités et des inégalités qu’elles peuvent subir. On peut alors parler des films sur le racisme avec Do the Right Thing de Spike Lee, le sexisme avec Thelma et Louise de Ridley Scott, ou encore de l’homophobie avec Philadelphia de Jonathan Demme, l’un des premiers films à gros budget ayant traité du sida et qui a donc permis de changer les mentalités sur ce sujet.

Jim Garrison (Kevin Costner) dans JFK (1991) d’Oliver Stone

Et c’est justement en ça que le cinéma engagé fonctionne : en changeant les choses. En effet, au-delà des critiques sociales expliquées précédemment, de nombreux films critiquent directement le gouvernement et la société. Ces films s’inscrivent donc dans une optique de contre-propagande, car ils dévalorisent le régime établi - mais surtout, pour certains, parviennent à changer les choses. L’un des exemples les plus marquants est sans conteste est JFK réalisé par Oliver Stone. Ce film, suivant les enquêtes faites par l’avocat Jim Garrisson suite à l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy, est un grand tournant dans l’histoire américaine moderne. D'abord, ce film a conduit en 1992 à la loi sur la déclassification des assassinats. De plus, ce film a augmenté le soupçon que pouvaient avoir les Américains vis-à-vis de leur gouvernement, en rappelant que celui-ci était capable d’atrocités pour ses propres intérêts. Cela a remis au goût du jour de nombreuses théories et de nombreux complots, à l’heure où ceux-ci étaient, pour la plupart, très marginaux. Dans le même registre de critique gouvernementale, on peut également retrouver des films tels que Les Hommes du Président de Alan J. Pakula ou V pour Vendetta de James McTeigue.

Le cinéma, c’est personnel :

La ligne verte (1999) de Frank Darabont

Aussi, le cinéma est évidemment un vecteur fort d’émotion pour son spectateur. Le cinéma raconte des histoires. Qu’elles soient tristes, heureuses ou complexes, qu’elles fassent rire, peur ou réfléchir, ces histoires touchent ceux qui les regardent. C’est l’essence même de l’intérêt divertissant du cinéma : au pire de nous faire passer un bon moment, au mieux de nous marquer à vie. Le cinéma, comme toute autre forme d’art, développe notre imagination et notre créativité et nous fait découvrir de nouveaux concepts et façons de représenter une histoire. Les films sont aussi pour certains une source d’inspiration, donnant envie de réaliser ses rêves. Pour d’autres, c’est aussi une échappatoire, permettant de s’aventurer dans un monde imaginaire et d’oublier ses problèmes pendant quelques heures. Selon le réalisateur américain Martin Scorsese, ce qui fait le cinéma, c’est le fait qu’un film puisse nous apporter quelque chose qui reste en nous, et qui, en regardant le film à nouveau plusieurs années plus tard, sera complètement différente. Et c’est cette chose qui permet d’en apprendre plus sur nous-mêmes ou sur la vie.

The Handmaiden (2016) de Park Chan-wook

Mais le cinéma va au-delà de l’émotion et nous permet aussi de découvrir notre monde. En effet, on peut tout d’abord évoquer les nombreux films historiques et biopics, qui permettent d’en apprendre plus sur notre monde, ou bien des films engagés dont nous avons parlé ci-dessus qui, en plus de nous questionner sur notre société, peuvent faire découvrir au public la situation de certains peuples ou groupes sociaux.

Enfin, le monde entier produit des films, et leur propagation est synonyme de la propagation de la culture et des traditions de tous les continents. Si le cinéma hollywoodien est riche dans ses propositions, il est intéressant de se diriger vers des contrées dont le cinéma est moins réputé. Voici donc plusieurs recommandations de films complètement accessibles pour un public habitué au cinéma occidental : Asie : The Handmaiden de Park Chan-wook, Amérique du Sud : Diarios de Motocicleta de Walter Salles, Afrique : La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, Moyen-Orient : Les graines du Figuier Sauvage de Mohammad Rasoulof, Europe du Nord : Flow de Gints Zilbalodis…

Flow (2024) de Gints Zilbalodis

Toutes ces raisons font des films un outil essentiel pour l’homme, et c’est pour cela qu’il est également disponible dès le plus jeune âge. Les films permettent aux enfants de développer leur culture, leur créativité et de leur apprendre d’importantes valeurs. C’est pourquoi lorsque quelqu’un justifie la médiocrité d’un film en disant que c’est un « film pour enfant », ce peut être difficile à acquiescer. Les films destinés à un jeune public devraient justement nécessiter une minutie aussi importante, voire plus, que les autres films, pour la simple raison qu’il font partie de leur éducation à l’art et à la société. C’est aussi pour cela que le cinéma peut avoir un effet néfaste pour les jeunes, et qu'il est donc important pour les parents de présenter à leurs enfants des films adaptés à leur âge.

Retour vers le Futur (1985) de Robert Zemeckis

En bref, le cinéma, c’est un intéressant mélange de plusieurs arts et techniques qui, rien que par sa forme, est une ode à l’humanité et à ses progrès. Pour ce qui est de son fond, le cinéma est marquant. Bien au-delà de son rôle de divertissement, les films nous font ressentir des émotions, nous apprennent des choses et nous font aussi réfléchir sur des questions importantes liées à notre monde. Le cinéma peut parler de n’importe quoi, dans n’importe quel style, ce qui lui permet de pouvoir toucher n’importe qui. Tout le monde trouvera un moyen d’apprécier le cinéma, que ce soit pour ce qu’il fait ressentir, ou pour ce qu’il peut provoquer dans notre monde.

 

 

Par Nathan Azeni.

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