28 ans plus tard : Le Temple des morts – Critique

Publié le 17 mars 2026 à 15:00

Réussite critique mais flop commercial, la première grosse production de 2026
avait la dure tâche de poursuivre le récit de la saga créée par Danny Boyle,
mais le résultat est-il à la hauteur ? Voici une courte critique sans spoiler de ce
nouveau film.

Ce nouveau film, 4ème volet de la saga entamée en 2002 avec 28 jours plus tard, est aussi le 2ème film d’une nouvelle trilogie, faisant suite à 28 ans plus tard, sorti en 2025. Toujours écrit par Alex Garland, pour ce qui est de la réalisation, c’est la jeune Nia DaCosta (Candyman, The Marvels) qui avait la dure responsabilité de succéder au réalisateur oscarisé Danny Boyle - de façon réussie.

 

(Attention : cette critique ne contient pas de spoilers de ce film, uniquement des éléments de son synopsis, ce qui peut révéler une partie du précédent volet.)

Plus simple, mais tout aussi efficace :

Si la réalisation de Danny Boyle pour 28 ans plus tard se démarquait par une certaine frénésie, mais aussi l’originalité d’avoir filmé l’entièreté du long-métrage avec des iPhones, ce nouvel opus se montre moins excentrique, mais n’en est pas moins mémorable. Nia DaCosta nous offre une mise en scène moins effervescente, mais avec un meilleur rythme et une tension plus diffuse. La réalisatrice n’essaye pas de copier son prédécesseur, elle reprend la saga à sa sauce et utilise des codes propres au genre horrifique tout en ajoutant de la personnalité dans son film.

 

Pour ce qui est de l’histoire, le film prend le parti pris de reléguer le personnage de Spike, alors protagoniste du 1er volet, au second plan. Celui-ci devient une sorte de spectateur des agissements de Jimmy Crystal et de sa secte. Ici, le personnage principal semble être le Dr. Kelson, joué par l’excellent Ralph Fiennes, qui poursuit ses recherches sur les infectés, notamment sur Samson, un infecté Alpha. Ce sont ces deux intrigues qui constituent le récit du film, donnant un résultat fluide et prenant, et une façon complètement différente de nous montrer ce monde apocalyptique, bien loin de l’île des survivants du premier film qui n’apparaît pas dans celui-ci. Ce choix scénaristique, qui peut donner l’impression à certains moments de voir un spin-off plutôt qu’une suite, n’est pourtant pas déplaisant et apporte même une certaine fraîcheur dans une saga qui se renouvelle à chaque opus.

Ça c’est rock ! :

A l’image du reste de la saga, ce film est doté de plusieurs scènes marquantes par leur violence, mais aussi par leur mise en scène. En effet, certaines scènes, dont celle de la « charité », sont particulièrement dérangeantes et immersives. Nia DaCosta joue avec la tension en faisant durer ces scènes de violence, représentations d’une humanité en perdition et du chaos de cette Angleterre décimée. Car oui, ce sont bien les humains et non les infectés qui sont les auteurs de ces scènes, de cette violence exacerbée et gratuite, ce qui accentue l’effroi et le dégoût des spectateurs.

 

De plus, le film nous propose une vision très Rock’n’roll de ce monde post-apocalyptique. Le film ne cesse d’utiliser des musiques de ce style, notamment dans la scène la plus mémorable du film (sans trop en dire, vous la reconnaitrez forcément). La plupart de ces musiques sont diégétiques (sont présentes physiquement dans les séquences auxquelles elles appartiennent, entendues par les personnages) et sont souvent liées au Dr. Kelson et à son quotidien. En plus d’apporter de la personnalité au film, ce choix peut renvoyer au désir du docteur de redonner aux infectés leur humanité, en passant par l’art.

 L’homme, le véritable antagoniste :

Pour ce qui est du fond, ce film se sert de son contexte post-sociétal pour nous présenter une réflexion sur l’homme et la société, à l’image du reste de la saga (et comme beaucoup de films de ce genre).

En particulier, ce volet traite grandement de la religion et de possibles dérives sectaires. Si le précédent film traitait déjà de ce sujet en surface, notamment dans son introduction, celui-ci en fait une thématique principale du récit, et le résultat fonctionne à merveille. Le personnage de Jimmy Crystal, superbement interprété par Jack O’Connell (SInners), s’apparente en tous points à un gourou au contrôle d’une secte à qui il impose une tenue, une manière de penser, des traditions particulières et bien sûr le prénom Jimmy, et qui maintient ses sujets à son service par la seule croyance d’un être maléfique : « Le Malin » (ou « Old Nick » en VO), dont il jure être le fils. Au contraire, le Dr. Kelson représente une certaine forme d’athéisme en prônant la science pour sauver l’humanité, et conserve une grande moralité et empathie, qu’il avait déjà inculquées à Spike dans le film précédent.

De plus, cette moralité de Kelson renvoie directement à une confrontation entre le bien et le mal. En effet, la présence assez rare des infectés dans ce film laisse place à un récit qui se présente presque comme une fable sur ce que l’humanité peut devenir dans des cas extrêmes. La secte des Jimmy est évidemment une représentation de ces dérives, jusqu’à leur style vestimentaire qui est une référence claire à Jimmy Saville, présentateur britannique ayant profité de son statut et de ses actions de charité pour abuser sexuellement de centaines de personnes de tout âge, faisant de lui l’un des plus grands prédateurs sexuels du pays. Le personnage de Spike trouve alors son importance en étant montré comme un spectateur d’une violence gratuite et de sa propre incapacité à pouvoir réagir face à un groupe convaincu. Au contraire, les infectés (à l’image de Samson) semblent ne pas être condamnés au mal et à la violence, ce qui met l’homme en véritable vecteur de ce mal, mais qui prône également une certaine forme d’espoir qui perdure durant tout le film. Cela apporte une balance intéressante et maitrisée entre espoir et désespoir pour le sort de la race humaine, ce qui fonctionne complètement pour un film de transition au sein d’une trilogie.

 

Ainsi, 28 ans plus tard : Le Temple des morts s’inscrit superbement dans sa saga, sans pour autant se cantonner à n’être qu’une copie de ces prédécesseurs. Nia DaCosta offre une réalisation, certes plus simple et rangée, mais complètement maitrisée, avec une narration fluide, une étude intéressante de la nature humaine et de ses dérives, et une sublimation poétique de la violence, qui retourne l’estomac du spectateur. Le film fait évoluer son univers de la bonne manière et nous donne qu’une seule envie : voir la conclusion de cette trilogie, qui sera réalisée par Danny Boyle et dont la date n’a pas encore été annoncée.

 

 

Par Nathan Azeni.

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