"Les Chimères" de Gérard de Nerval

Publié le 18 avril 2026 à 15:00

Savez-vous quel écrivain, au printemps 1841, fut surpris en train de promener un homard au Jardin du Palais-Royal ?

 

 

Gérard de Nerval, en proie à de graves crises de démence, publie Les Chimères en 1853, deux ans avant sa mort. A travers douze sonnets, il laisse au monde un dernier testament - conscient, du moins, si l'on exclut Aurélia, écrit à la toute fin de sa vie. 

Si la courtesse du recueil peut surprendre, sachez néanmoins deux choses : la première, c'est qu'il est accompagné de sept proses, sept portraits de femmes - Les Filles du Feu. La deuxième, c'est qu'il contient tout l'univers nervalien : la mythologie, l'alchimie, le tarot, les amours perdues... Tout devient allégorie ; tout est syncrétisme : Nerval mélange le Christ, Apollon, Isis..., et ce, dans un seul et même souffle.

Mais si son œuvre est aussi connue, c'est aussi pour son fameux poème El Desdichado, et son fameux quatrain :

 

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,

Le Prince d'Aquitaine à la tour abolie :

Ma seule étoile est morte et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

 

Dès le premier vers, et en seulement quelques mots, il transforme sa dépression clinique en une identité chevalresque et tragique : ce n'est plus un dément insignifiant, c'est le héros d'un mythe - son mythe. 

Si le sens de ses mots peut parfois sembler "hermétique", on ressent tout : ses peines, ses joies, ses surprises, ses regrets... Ce n'est pas une poésie que l'on comprend, mais une poésie que l'on vit. Elle ne se lit pas avec les yeux, mais avec les oreilles et le cœur. C'est sans doute ce qui donna au recueil une telle popularité.

Les poèmes de Nerval sont à la croisée de bien des mondes : le romantisme, le symbolisme et le surréalisme. Ce sont les hurlements de l'âme quand le monde se tait - ou quand l'esprit est trop bruyant. Il ne faut pas les lire en silence, sans la moindre attention ; mais à voix haute, pour réveiller les dieux endormis et leurs constellations.

Les Chimères - et Les Filles du Feu -, c'est à lire absolument, chez Le Livre de Poche.

 

 

Par Quentin Lesage.

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