A l’occasion de la sortie de Michael cette semaine, le film retraçant la vie du King de la Pop, revenons ensemble sur l’histoire récente des biopics musicaux et de leur réapparition massive depuis quelques années.
L’une des sorties les plus attendues du premier semestre de 2026 est sans aucun doute Michael, réalisé par Antoine Fuqua (Training Day, Equalizer…) et pour lequel Michael Jackson sera joué par son neveu Jaafar Jackson. Ce film retracera la vie et la carrière du chanteur, et fait donc partie d’un type de film tout particulier : les biopics (ou films biographiques). Si ces derniers existent depuis (quasiment) le début du cinéma et regorgent de films de grande qualité, la sous-catégorie des biopics musicaux ne cesse de diviser les cinéphiles. Pourtant, on remarque un renouveau de ce sous-genre depuis presque une décennie, avec énormément de films proposés par les studios de production.
Bohemian Rhapsody (2018) de Bryan Singer
Le biopic musical est un genre tout particulier, car il restreint la liberté scénaristique par son sens propre. Il doit par définition raconter la vie d’artistes musicaux, et donc passer par des chemins narratifs obligatoires comme la production musicale, les concerts ou même la célébrité et ses conséquences. De plus, les scénaristes se doivent d’être un minimum fidèles à la réalité au risque de décevoir les fans des artistes représentés. C’est pour ces raisons que les biopics musicaux ont toujours été difficiles à mettre en œuvre - ce qui explique une présence assez restreinte dans les salles de cinéma il y a quelques décennies (on peut tout de même évoquer dans ces périodes plusieurs réussites telles que The Doors (1991) de Oliver Stone, Ray (2004) de Taylor Hackford, ou encore Walk the Line (2005) de James Mangold).
Cependant, il y a bien un film qui a complètement relancé le genre grâce à son succès retentissant : Bohemian Rhapsody de Bryan Singer, sorti en 2018 - retraçant la vie de Freddie Mercury et de son groupe Queen, entre 1970 et 1985. En effet, le film a réalisé plus de 900 millions de dollars au box-office, un score comparable à un blockbuster, et qui le propulse encore aujourd’hui en numéro un des biopics musicaux en termes de recettes (aucun n’a dépassé les 300 millions).
Toutefois, le film ne réinvente pas le genre - au contraire, il en récupère la majorité des codes classiques, tombant parfois dans le cliché. Le film reprend un procédé récurrent du genre, le Rise and Fall, qui montre la gloire, puis la descente aux enfers de l’artiste, pour enfin avoir sa rédemption en guise de final. Si celui-ci orrespond à tellement d’artistes qu’il est difficile de le reprocher à ces films, le problème est que Bohemian Rhapsody souffre d’un montage peut-être trop confus qui empêche l’attache émotionnelle du spectateur envers les personnages. Le film, voulant retracer une période de plus de 15 ans, tombe assez rapidement dans l’exposition de faits réels (alors même que beaucoup d’entre eux ont été arrangés ou sont complètement faux), plutôt que dans la récitation d’une histoire, en racontant à la chaîne des anecdotes sur les moments cultes du groupe, presque comme un « best-of », plutôt que de prendre le temps de développer ses personnages.
Aussi, le film lisse énormément la vie de Freddie Mercury, notamment sur ses addictions à la drogue et au sexe. Qualifié par beaucoup de trop sage, le film reste sans doute trop peu sur les moments de déchéance du chanteur, qui sont pourtant majeurs, voire décisifs, dans sa carrière. Le film se rattrape néanmoins dans son dernier tiers avec un meilleur développement de la relation de Freddie avec son groupe, et surtout avec une fin en apothéose, permettant enfin à Rami Malek d’exprimer son jeu d’acteur - ce qui sera suffisant pour qu’il remporte l’Oscar du meilleur acteur en 2019.
Rocketman (2019) de Dexter Fletcher
Pourtant, un autre biopic musical est sorti à peine quelques mois plus tard avec une ambition bien différente : Rocketman de Dexter Fletcher, sur le chanteur Elton John. Ce que l’on remarque dans ce film, c’est que la vision même du biopic est complètement différente de celle proposée par Bohemian Rhapsody, qui possède pourtant une histoire similaire sur de nombreux points. Rocketman ose néanmoins aller plus loin dans les travers de son personnage, et en fait même le sujet principal du film - notamment avec cette réunion pour addictes servant de fil rouge à l’histoire.
Dexter Fletcher n’hésite pas à montrer Elton John dans les pires états, surtout à cause de l’alcool - scènes magnifiées par un Taron Egerton bluffant du début à la fin dans le rôle principal. De plus, Fletcher parvient à remanier les codes du genre par un simple changement : faire de ce film une comédie musicale. En effet, une grande partie du répertoire d’Elton John est reprise, mais elle sert directement le récit car elle évoque les sentiments des personnages. Ces scènes en musique nous offrent également une mise en scène soignée, liée à un autre point fort du long-métrage : il représente une histoire vraie, il ne la décalque pas. Faire s’envoler Elton comme une fusée, mettre un orchestre entier dans une chambre d’enfant, ou bien faire disparaitre la gravité dans une salle de concert... Fletcher casse l’aspect réaliste de son biopic pour y incorporer des scènes fantaisistes (à l’image d’Elton), mais qui ont un sens pour le réci - rendant le film d’autant plus plaisant. Ainsi, là où Bohemian Rhapsody est divertissant mais ne va pas plus loin que de documenter des faits, Rocketman s’affranchit de cette façon de faire et prône un cinéma qui parle autant par son récit que par la manière de mettre en scène celui-ci.
Evidemment, le grand succès commercial de Bohemian Rhapsody a donné aux grands studios Hollywoodiens l’envie de faire de nouveaux biopics musicaux afin de réitérer les succès. Entre Bob Marley, Amy Winehouse ou encore Whitney Houston, presque tous les grands artistes ont eu droit à l’adaptation de leur histoire sur le grand écran. Mais pour la plupart, notamment ces 3 artistes, le résultat fonctionne de manière commerciale mais ne réjouit pas particulièrement les critiques. Les studios cèdent à la méthode classique du biopic afin de sortir un maximum de ces films et de faire du profit rapidement. C’est d’ailleurs pour cela que les prochains films du genre inquiètent les fans, à commencer par Michael, mais aussi d’autres projets comme les ambitieux films sur les Beatles : 4 films, 1 par membre du groupe, tous ayant la même date de sortie et tous réalisés par Sam Mendes (1917, Skyfall…). Le phénomène arrive même en France, par exemple avec Monsieur Aznavour de Mehdi Idir et Grand Corps Malade, qui parfois tombe dans le côté « best-of », mais parvient aussi à être intéressant sur certains aspects (par exemple la relation mentor/élève entre Piaf et Aznavour), ou encore un film sur Johnny Hallyday, prévu pour 2028.
Ainsi, Michael possède la dure tâche de retranscrire l’histoire de l’un des plus grands artistes de tous les temps, en essayant si possible de ne pas se cantonner à la méthode classique, d’éviter les erreurs classiques de ses prédécesseurs et de nous proposer une vraie œuvre de cinéma. La marque d’un grand biopic, c’est de rester impactant et bouleversant même si le héros était complètement fictif et inconnu.
Voici donc quelques recommandations de films qui ont réussi à apporter quelque chose dans le genre, et qui méritent d’être vus.
Elvis (2022) : méthode classique, mais qui fonctionne.
Le film de Baz Lurhman sur Elvis Presley est en effet assez classique au premier abord, avec l’utilisation du Rise and Fall, le fait de retracer une grande période de la vie du chanteur en évoquant les grands moments, et le tout sans passer par la comédie musicale. Mais en réalité, le film est plus profond que cela. Même si la période racontée est large (des débuts du chanteur jusqu’à sa mort), le film se focalise sur un aspect précis de cette carrière : la relation entre Elvis et son agent, le Colonel Parker. Le film ne se perd donc pas dans des détails et se concentre sur des rapports complexes entre un artiste et son imprésario manipulateur et sans cœur, au point presque de reléguer Elvis au second plan de son propre film. De plus, le cinéma baroque et burlesque de Lurhman (Moulin Rouge, Gatsby le magnifique…) se prête parfaitement au film, et les performances d’Austin Butler et de Tom Hanks sont tout simplement remarquables.
Un parfait inconnu (2024) : la musique avant le musicien.
Timothée Chalamet incarnant Bob Dylan dans un film de James Mangold (déjà réalisateur de Walk the Line, sur la vie de Johnny Cash), voilà une idée ambitieuse qui a tout autant intrigué qu’inquiété les fans à son annonce, et le résultat était au rendez-vous. Ici, la vraie force du film est qu’il met bien plus en avant l’importance de la musique que l’histoire de Bob Dylan. Un choix plus qu’audacieux mais qui donne un film doux, simple, qui traite aussi de sujets forts (la Guerre Froide). Un film qui représente donc parfaitement le chanteur qu’il dépeint. James Mangold souhaite montrer la force que peut avoir la musique sur les personnes, sur les relations, mais aussi sur le monde, et utilise pour cela l’histoire vraie de Bob Dylan, comme un outil. Ce choix peut aussi créer à certains moments chez le spectateur un recul émotionnel face aux enjeux du film, mais celui-ci reste globalement très réussi et retranscrit une musique et une culture aujourd’hui mise de côté : la Folk.
Better Man (2024) : le plus original possible.
Faire un biopic sous forme de comédie musicale de la vie du chanteur britannique Robbie Williams, ce n’était clairement pas assez original pour Michael Gracey, qui a décidé de représenter le chanteur comme un chimpanzé anthropomorphisé fait en capture de mouvement, et ce durant l’entièreté du film. Si cette idée paraît farfelue, c’est pourtant une idée intéressante qui renvoie aux difficultés pour le chanteur de croire en soi. Ce choix est d’autant plus audacieux qu’il peut facilement décevoir les fans espérant voir un film plus classique (expliquant surement l’échec commercial du film), mais ce n’est absolument pas le projet du réalisateur, qui nous plonge dans un univers fort et intriguant. Les musiques servent l’histoire grâce au modèle de comédie musicale, la déchéance est montrée sans détour, faisant passer Robbie Williams pour une mauvaise personne alors même que ce dernier a contribué directement au film puisqu’il fait sa propre voix, et la représentation d’idée par des procédés visuels est totale - avec, par exemple, les peurs de Robbie littéralement présentes dans le public. Toutes ces qualités font que ce biopic est réussi, mais qui se rapprochent parfois trop de Rocketman.
Tick, tick… BOOM ! (2021) : hors catégorie.
Pour terminer ces recommandations, voici une proposition qui diffère des autres, car il ne s’agit pas d’un biopic sur un chanteur, mais sur le compositeur de comédies musicales Jonathan Larson. Il s’agit plus précisément de l’adaptation de la comédie musicale du même nom sur la vie de Larson. C’est un film particulièrement touchant sur le temps qui passe et sur le fait d’atteindre ses objectifs. Le génie et la candeur de Jonathan Larson sont parfaitement joués par Andrew Garfield, et la réalisation de Lin Manuel Miranda est rythmée et précise. Alors même qu’il s’agissait de son premier film, ce dernier s’est beaucoup aidé de ses projets de comédies musicales sur scène comme Hamilton, pour retranscrire la même intensité sur un écran.
Un film émouvant, puissant, et qui mérite d’être regardé - comme tous les films ici cités !
Par Nathan Azeni.
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