Vous avez seize ans. Les premiers chagrins amoureux vous tourmentent, l’école vous fatigue cruellement, et vous n’avez qu’une envie : transpirer la vie et la liberté. Si les circonstances font que vous ne pouvez pas partir au bout du monde, prenez L’Écume des jours et vous entendrez le jazz.
"L'Écume des jours", réalisé par Michel Gondry
En 1947, deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que Paris s’étourdit dans la fumée des caves de Saint-Germain, Boris Vian publie ce chef-d’œuvre de la littérature française, comme pour raviver les rêves qui s’étaient éteints. Le langage n’est plus froid et mécanique, mais un terrain de jeu où l’absurde rencontre le génial ! Tenez : que diriez-vous si, pendant que vous jouez une mélodie sur votre piano, un cocktail en sortait ? Une fausse note et il perdrait de son goût ! Tout, dans l’onirisme du monde qu’a créé Vian, est vivant : les murs, les objets… et même les expressions !
Colin, un jeune-homme riche et simple, a un meilleur ami, Chick, dont la bourse, malgré son métier d’ingénieur, n’est que très faible. Celui-ci fait la connaissance d’Alise, parente de Nicolas, cuisinier de Colin. Jaloux, désireux de lui-aussi rencontrer une fille, il tombe amoureux de Chloé, une jeune-femme douce, sensible, souvent absurde, dont l’amour va même les mener sur un petit nuage…
Hélas ! Dans le poumon de Chloé, un nénuphar se met à pousser. Ce n’est pas qu’une simple maladie – c’est la mort qui s’invite dans la poésie. Et plus le drame s’installe, plus l’onirisme s’éteint. Les murs rétrécissent, les couleurs s’estompent… C’est tout le paradoxe du songe : rêvez, mais la vie vous rattrapera.
L’Écume des jours est donc le parfait antidote au cynisme absolu de notre époque. C’est le roman de l’amour fou qui refuse de vieillir, du nénuphar de la mélancolie qui se transforme en swing. S’il a brillamment été adapté au cinéma par Michel Gondry en 2013, il vaut peut-être mieux voir par soi-même les mots qui nous sont dessinés. L’Écume des jours, de Boris Vian, c’est à lire absolument chez Le Livre de Poche.
Par Quentin Lesage.
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